Quelques moments choisis sur le chemin français

Raconter mon périple sur le chemin entre Aumont-Aubrac et St-Jean-Pied-de-Port n'est certes pas mon propos et n'aurait que peu d'intérêt pour d'autres pèlerins, aussi je vais me contenter de rapporter les faits les plus marquants qui auront un jour leur importance...


Me voilà en marche avec mon trio de lyonnais vers Maître Jacques

Traversée de l'Aubrac dans la neige et le vent
Traversée de l'Aubrac dans la neige et le vent
Les premiers jours de marche sont "euphoriques" pour un errant qui pensait deux jours avant s'en aller vers un néant improbable.
Je retrouve la joie de mettre un pied devant l'autre, du pique-nique partagé avec mes compagnons, des échanges avec eux, des gîtes inconnus où nous nous retrouvons chaque soir pour un temps d'échange avec l'hôte, ou simplement le bon repas pris à l'auberge d'un village totalement inconnu.
Peu de pèlerins croisés dans ces premiers jours et je n'imagine pas vraiment la suite autrement...
Pendant la marche journalière, je suis surtout en pleine interrogation sur mon existence passée, mes expériences professionnelles et mes désastres familiaux. Mes enfants sont avec mois chaque soir en pensée mais déjà je ressens cette sensation de trahison à leur égard. 
Mon divorce que je n'ai ni voulu ni accepté et que je subis comme une agression incompréhensible ; des accusations sans fondement pour m'éloigner de mes enfants, pour me briser afin que je ne puisse me relever...me pousser à la fuite, quelque part le vide du suicide !
Et puis ce chemin qui s'ouvre, et cette marche, toujours plus loin et toujours plus haut ! 

Estaing - Une halte pour tout changer

Les pèlerins d'Emmaus
Les pèlerins d'Emmaus
Ce soir, sixième jour de marche, mes amis ont prévu de faire halte à l'Hospitalité Chrétienne d'Estaing et je les accompagne...Je sais que leur démarche est certainement spirituelle mais là où nous allons, le lieu se définit vraiment comme un endroit de prière et de recueillement. Pour l'instant je ne suis pas dans cette démarche mais je reste ouvert à l'inconnu et me laisse porter vers ce lieu qui me parait hors du temps.
L'accueil des hôtes Léonard et Elisabeth est amical, chaleureux, attentif à notre fatigue. Des temps de prières auxquels je ne suis plus habitué depuis longtemps mais cela me fait du bien.
Le partage des tâches ménagères ne me dérange pas, surtout que la grande table accueille aussi quelques pèlerins ce qui est nouveau pour moi.
Le soir après l'office, certains vont se coucher mais je reste jouer aux cartes avec d'autres invités...Ce n'est pas la coutume mais Léonard nous tient compagnie et après le jeu, j'avoue que je me laisse à partager avec lui quelques réflexions sur ma propre existence...
Au matin nous nous quittons, Léonard tenant à nous accompagner un bout de chemin comme pour nous confier qu'il reste avec nous dans notre démarche.
Il a écrit quelques mots dans mon carnet de voyage commencé au Puy en Velay :
"Pas de volonté propre" et "se laisser guider vers Compostelle... ULTREIA" !
Cela résume bien nos échanges de la veille, mais surtout je ressens comme une main qui soudain a pris la mienne et entend bien ne plus la lâcher.

Une autre étape très forte

Le tympan de l'abbatiale de Conques
Le tympan de l'abbatiale de Conques
Je reprends le fil de mon périple deux jours plus tard où nous venons de franchir la porte de l'abbatiale Sainte-Foy de Conques.
L'accueil des prémontrés est chaleureux et manifestement ouvert à toutes les confessions et à l'humanité entière qui peut frapper à la porte.
Cette Eglise là me réconforte et me redonne confiance ; je reviendrai me dis-je en quittant les lieux le lendemain...tout en contemplant l'extraordinaire tympan dominant l'entrée.
J'ai le coeur léger pour commencer la grimpette qui nous attend à la sortie de Conques.
Dans ma tête je ne cesse de penser à cet étonnant chemin que j'ai emprunté et au plus profond de moi je suis sûr que l'Hospitalité d'Estaing et Conques compteront beaucoup pour moi dans mes choix futurs...
Aller au bout du chemin...regarder toujours plus loin et plus haut comme si ma vie se transformait petit à petit pour s'offrir à cette main tendue qui ne cesse de me guider...
Le seul mot qui me vient à l'esprit : "Rédemption" !

Quelques étapes plus loin : la panne et le doute !


13 Janvier 2020 - écrit par Jean-Marc LUCIEN - Lu 33 fois






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