Premiers pas et premiers signes - Dans le secret du coeur

En partant ce jour-là, je sentais bien que je fermais des portes derrière moi, qu'il n'y aurait aucun retour à "la vie d'avant", que je défrichais un nouveau monde loin de mes errances passées...


Etrange ce départ depuis Aigues-Mortes avec un sentiment partagé de solitude et en même temps de soulagement.
Je sens bien que je ferme des portes derrière moi, qu'il n'y aura aucun retour à "la vie d'avant", que je défriche un nouveau monde loin de mes errances passées...
Pourtant, dans ce train qui serpente dans les collines de l'arrière pays nîmois, en direction de Clermont-Ferrand, je n'arrive pas à calmer mes angoisses et mes interrogations sur le lendemain.
Chemins d'aventures ou chemin de mort, les Pyrénées m'attiraient, depuis toujours, pour y vivre ou pour y jouer ma dernière gamme ?
Dehors il fait beau, et la vallée dans laquelle nous sommes engagés resplendit de lumières et de couleurs.
Je sais que nous remontons depuis quelques kilomètres la vallée de l'Allier, mais mes rêves éveillés me parle d'Iraty, du Vignemale et des neiges éternelles...
Le train s'arrête à Saint-Georges d'Aurac et je sursaute car j'ai ma correspondance pour le Puy dans cette gare; j'arrache mon sac et sort sur le quai. Aucun train en vue...mais un bus qui attend à l'extérieur; c'est la surprise du jour, la fin du voyage se fera par la route.
A midi le car m'a déposé devant la gare du Puy en Velay moment particulier où je quitte mes chaussures de ville pour chausser celles de montagne. Sans regret je largue les chaussures du monde dans une poubelle... je ne suis pas près d'avoir besoin de les rechausser !

Dernière vérification, le piolet bien arrimé sur le sac, crampons dans la poche droite et gourde à gauche, ma corde d'assurance attachée sur le dessus, les brides bien réglées, je soulève le sac et les vingt-trois kilos de contenu et le hisse sur mes épaules. La grande traversée, ma grande traversée des Pyrénées peut commencer...!

Pour retrouver le GR 65 je me laisse guider dans les petites ruelles du Puy en Velay jusqu'au pied de la cathédrale majestueuse où je croise quelques pèlerins commençant leur périple vers Saint-Jacques de Compostelle, quelque part en Espagne au bout d'un chemin que je vais emprunter partiellement jusqu'aux Pyrénées.
J'envie leurs sacs légers et leur insouciance mais je les vois aussi sourire à la vue du mien !

En regardant les marches de la cathédrale une drôle de pensée m'envahit, me renvoyant quatorze ans en arrière, en 1984, quand après avoir fait le pèlerinage de Saint-François-Régis entre Saint-Etienne et Le Puy, avec mon frère et une troupe de scouts, j'avais gravi ces marches de pierre, termes du pèlerinage accompagné de mon chien fidèle OLAF avec à l'époque cette idée qu'un jour je reprendrais le chemin pour Saint-Jacques.

Des années plus tard j'étais bien au rendez-vous mais pas pour Compostelle; pour marcher vers un destin que j'imaginais éternel dans les neiges du Mont Perdu quelque part sur le plus haut sommet des Pyrénées.

Le Puy en Velay - Les escaliers de la cathédrale 1980 / 1998

Une histoire éternelle
Une histoire éternelle

Le vrai départ

Le temps d'avaler une salade, histoire de ne pas partir le ventre vide, dans une gargotte au bas de la cathédrale, et à quatorze heures sonnantes je remonte la rue des Capucins en direction de la sortie du Puy en Velay, avec ma carte en main, et mon objectif de l'après midi le village de Montbonnet à une quinzaine de kilomètres.
Le balisage est un peu chaotique mais, bien décidé à ne pas le suivre systématiquement je me fie surtout à ma carte et vers dix sept heures j'atteins mon but et le gîte d'étape.
Personne ce soir là, la fermière n'a ouvert que pour moi, et m'a vendu quelques pâtes et des oeufs.
C'est au moment de cuire mon souper sur mon réchaud sorti du sac que le sentiment de retrouver MA liberté me submerge. Les souvenirs de l'enfant coureur des bois, de ma jeunesse à la campagne et sans attache, des camps scouts et des aventures en montagnes avec les copains, toute la mémoire des jours heureux me prennent la main et m'invite à poursuivre le chemin vers mon étoile, cachée quelque part dans un cirque pyrénéen, qui m'attend par une nuit d'été sans nuage, comme dans mes rêves, dans mes rêves...
 
La nuit fut douce et tranquille à part la petite souris qui est venue de réfugier dans mon sac de couchage, me réveillant en sursaut avant que mes espérances ne me remporte au pays de songes.

Au matin, en quittant le village, je me sens redevenu un homme libre et heureux !
Cinq heures plus tard, je ne suis plus qu'un randonneur...mort, épuisé !
La journée pourtant ensoleillée avait tout pour plaire à ma solitude; mais le dénivelé avait eu raison de mes élans balayés par mon manque de préparation.

Vers midi je traverse un petit village du nom de St-Privat d'Allier, et longe le mur en pierre d'une terrasse  dont je n'imagine même pas l'importance qu'elle va prendre un jour dans ma vie...

A 2 kilomètres de Saugues, ma ville étape je me résigne à faire du stop, incapable d'avancer plus loin en marchant, avec mon sac de montagnard. Je me dis que j'ai bien besoin de ces longues journées d'approche avant d'attaquer la montagne !

Je n'ai pas prévu de lieu d'hébergement et le jeune chauffeur qui m'a pris en stop me propose de me laisser à l'entrée du village devant une ferme accueil habituée à recevoir les pèlerins la Ferme "ITIER".
Ma fatigue et ce jeune homme inconnu vont construire le premier maillon d'une chaîne qui va s'allonger au fil des jours, pour me conduire sur un chemin de Vie comme seule la Providence sait imaginer.
Le soir au repas autour de la grande table de Madame ITIER il y a quelques pèlerins, dont trois lyonnais, partis de chez eux à pieds pour marcher jusqu'à saint-Jacques de Compostelle :
Jacqueline et Jean-Pierre son mari et Jean un ami à eux avec qui je vais rapidement sympathiser...


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9 Janvier 2020 - écrit par Jean-Marc LUCIEN - Lu 200 fois






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